Nihon Ghetto

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 Les hommes et la guerre

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perfectman3
O Unko san
O Unko san
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MessageSujet: Les hommes et la guerre   Dim 3 Fév - 14:50

« Je tente une percée dans le front ennemi, couvrez-moi ! »

Je sentais mon cœur s’exciter dans ma poitrine. Quelques gouttes de sueur avaient réussi à pénétrer à l’intérieur de mes lunettes de protection, et mon souffle se faisait haletant. Sitôt l’ordre donné, toutefois, je n’avais plus le choix, il fallait que j’y aille. Un des soldats postés derrière moi fit un cercle avec son index et son pouce, en signe d’approbation. Je m’arrachai alors au pan de mur qui me servait de protection, la mitraillette bien calé contre mon buste et j’avançai dans l’esplanade. Quelques vallons et dépressions du relief me permettaient de ne pas évoluer totalement à découvert. Je scrutais les environs pour dénicher la présence des deux soldats qui restaient… si mes calculs étaient exacts.
Une rafale frôla mon bras gauche ; je me jetai à terre et eus tout de même le temps de voir la position de mon agresseur. Il utilisait sans doute un pistolet automatique, et par chance il était un piètre tireur d’élite. Je réglai mon arme sur un tir au coup par coup et détachai une grenade de ma ceinture. J’envoyai, après l’avoir dégoupillé, le petit projectile à quelques mètres de l’assaillant. Pendant qu’il concentra ses sens sur le petit objet qui tombait sur le sol avec un petit rebond et explosait dans un bang sonore, je me ruai derrière lui et pressai la détente. Il fut touché par la rafale au dos de plein fouet.
Le deuxième homme avait sans doute dû être alerté par l’action et il émergea d’un buisson où il aurait été préférable qu’il reste caché. Grâce à mes réflexes, je lui envoyai une rafale dans les jambes de ma position allongée.
« Merde ! Fait chier ! » gueula-t-il en jetant son pistolet à terre.
Son pantalon de treillis était auréolé par des taches oranges étoilées au niveau de ses genoux.
« Ca t’apprendra à foncer sans réfléchir… lui dis-je d’un ton condescendant.

J’aimais bien le paintball. Chaque partie était différente, et ça garantissait de bonnes montées d’adrénaline. J’étais jugé comme le meilleur tacticien de la bande, aussi me déléguait-on toujours le rôle de capitaine. Le paintball ne représentait qu’une once de ce qu’étaient mes loisirs. J’affectionnais tout ce qui touchait à la guerre en général. Je ne sais pas exactement ce qui m’avait donné le goût pour ça, mais je me souviens d’avoir vu des films de guerre avant même de savoir lire et écrire. Mon père avait ces vieilles cassettes vidéos dans le placard. A vrai dire elles avaient plus un rôle fonctionnel qu’autre chose ; il lui fallait bien une cachette pour dissimuler les Marc Dorcel et autres Joe d’Amato aux yeux de maman. Cependant il lui arrivait quelquefois d’en insérer une dans le magnétoscope et il ne se souciait guère de savoir si j’étais ou non dans la pièce. Il devait penser que j’étais absorbé par mes réalisations de Lego et que les images ne pouvaient pas encore complètement m’influencer.

Quoi qu’il en soit, j’ai grandi au milieu des armes, des uniformes et des chants patriotiques. J’étais féru d’histoire, et notamment celle des périodes correspondant aux deux grandes guerres. L’ère du DVD avenant, j’avais laissé tomber les vieilles VHS de papa et les avait remplacées par les disques. Je commençais à avoir une collection tout à fait respectable de titres comme Il faut sauver le soldat Ryan, La Chute du faucon noir, Le jour le plus long ou encore La ligne rouge.
Mes étagères étaient remplies de casques allemands de la période 14-18, de vieux masques à gaz poussiéreux et de multiples décorations militaires et fanfreluches de membres d’état major. Plus je vieillissais, et plus j’obtenais des objets plus ou moins chers à mes yeux. J’avais récemment fait l’acquisition d’une réplique d’une authentique MG-42, ces grosses mitrailleuses montées sur trépied qui avaient servi à faucher les soldats américains qui avaient débarqué sur les plages de Normandie en ce jour du 6 juin 1944.
Ma passion pour la guerre et ses dérivées n’avait jamais alerté qui que ce soit ; au contraire cela faisait de moi un étudiant intéressé et je m’investissais beaucoup dans les travaux personnels qu’on me demandait de faire en licence d’histoire.

Mais la semaine dernière, lors d’un dîner de famille où oncles et tantes étaient conviés, je me suis lancé dans un plaidoyer sur la guerre et les bienfaits de ce régulateur de population naturel. J’avais d’ailleurs à ce propos étudié sérieusement les œuvres de Thomas Robert Malthus et avais épousé ses théories et sa doctrine de contrôle de l’expansion de la population. J’aimais placer quelques-unes de ses citations pendant les repas. Ce soir-là, quelques verres de Don Pérignon aidant, j’avais été plus royaliste que le roi en radicalisant clairement mes idées habituelles. Parlant d’une voix forte et avec un gros débit de parole, je m’étais fait l’avocat des armes en soutenant qu’après tout, une bonne guerre crèverait bien des abcès et que le sang des morts pourrait être profitable aux vivants. De temps en temps, il fallait bien qu’un conflit éclate, et aussi sanglant soit-il, aussi choquant soit-il pour l’opinion publique, si les choses s’amélioraient ensuite, ce n’était pas bien grave. Le tout pour les soldats était de mourir avec honneur sur le champ de bataille, ayant défendu femme et enfants jusqu’à la dernière goûte de sang. J’avais aussi expliqué l’envie que j’éprouvais vis-à-vis de ces soldats morts transpercés par une baïonnette. Mon argumentaire se résumait à supposer que ce devait être excitant de ressentir la douleur électrisante provoquée par la froideur métallique de cette lame qui pénètre lentement vos chairs. Pour moi, mourir en homme digne, c’était être capable de regarder celui qui vous avait embroché la panse comme une saucisse apéritif au bout d’un cure-dent. Le regarder fixement dans les yeux et serrer les dents pour ne pas laisser transparaître la douleur. Le regarder pendant qu’il tournait lentement la lame, déchiquetant minutieusement vos organes, et vous octroyant une souffrance orgasmique. L’homme qui avait ainsi souffert pouvait alors fermer les yeux et ne pouvait craindre de laisser son âme quitter le champ de bataille sans conserver une certaine probité.

Juste après la clôture de mon exposé véhément, mon oncle Todd m’avait fusillé d’un regard froid qui en disait long. Sa femme Martha était une fieffée pratiquante et elle n’avait guère apprécié mon oral, survenu juste après les sacro-saintes bénédicités. Pendant un instant, j’avais même eu peur qu’elle ne tombe en pâmoison, tellement sa peau me semblait blêmir à vue d’œil.
Après cet incident, ma mère m’avait apostrophé et nous avions eu une discussion plutôt houleuse sur ma vision des choses. J’étais encore un peu éméché et j’ai donc largement ignoré ses remarques.

Je quittai donc mes collègues du paintball et me dirigeai vers la maison. En arrivant, je me débarrassai de mes vêtements sales, enlevai mes sous-vêtements trempés de sueur et m’installai sous la douche. Le jet d’eau chaude apaisa mes muscles tendus et je pus me détendre. Je me savonnai, prenant soin de bien me laver partout, me rinçai et m’enveloppai dans une serviette de bain. Je sortis de la salle de bain tout en me séchant les cheveux. J’allai dans la cuisine pour me préparer un café chaud, pris un bol et attendis que le voyant de la cafetière s’éteigne. Quand j’eus tiré le liquide noir dans le bol, je me rendis dans la salle à manger, et m’immobilisai. Oncle Todd était assis à la table, derrière un drôle d’engin.
« Bonjour, Jim.
-Bonjour oncle Todd.
-Alors le paintball ?
-On a encore gagné. L’équipe adverse n’était pas très futée cette fois-ci…
-Assied-toi. »
Il désigna une chaise en face de lui. Je le laissai seul quelques secondes, le temps d’aller enfiler un peignoir, puis je revins prendre place à la table. Je bus une gorgée de mon café. Un peu trop chaud à mon goût.
« Tu connais la bataille navale ?
-Ouais.
-Tu aimes ?
-Mouais, fis-je avec un rictus.
-Mais si allez, tu verras. Ton père m’a dit que vous jouiez souvent ensemble quand tu étais petit.
Ma foi, une petite partie, ça ne mangeait pas de pain.
-Allez, installe tes navires, moussaillon ! »
Je répartis donc mes destroyers, frégates et autres frêles esquifs sur le petit cadran posé sur la table.
« Honneur aux anciens, dis-je.
-D’accord. B5.
-Dans l’eau. A moi, J9.
-Plouf ! » fit oncle Todd.

Nous envoyâmes quelques tonnes d’explosifs dans les profondeurs abyssales, quand tout à coup oncle Todd fit mouche.
« Ah enfin !
Il me regarda de son regard dur et impérieux.
-Tes hommes sont affolés. La bombe a explosé à quelques mètres seulement d’eux. Le timonier a sûrement eu ses tympans crevés par le souffle puissant de l’explosion. Il aimerait comprendre ce qui se passe, mais ses facultés de discernement ont été affectées par la violence du choc. F3.
-Touché…
-Cette fois-ci, la panique s’installe pour de bon. Un homme qui tentait de fuir le pont principal s’est fait cueillir par la bombe. Il gémit en rampant tant bien que mal à la force de ses bras. Son mollet gauche ne tient plus que par un bout de cartilage, et il répand une traînée de sang sur le pont aux reflets métalliques sous le soleil du Pacifique. F2.
-Coulé, dis-je calmement.
-C’est la fin. Un incendie s’est déclaré vers la proue du bateau. Des torches humaines courent en tout sens sur le pont. Un homme se jette par-dessus le garde-fou, et les hélices du bateau répandent une traînée rouge dans son sillage. Malgré l’anomie qui règne à la surface, l’équipage n’a pas de peine à entendre les hommes hurlant au niveau inférieur dans la salle des machines. C’est l’enfer là-dessous, une véritable rôtissoire. Des cris déchirants s’élèvent par dessus le vacarme permanent des machines. Des jets d’huile brûlante jaillissent par des interstices dont les rivets ont sauté, et une odeur écœurante de friture humaine se mélange à celle de l’iode. L’eau salée s’immisce dans les plaies encore fumantes de ceux qui agonisent, brûlés au troisième degré sinon calcinés. Le bateau coule mais sous le bouillon provoqué par la lente descente du bateau, les fonds marins sont tourmentés par les plaintes des hommes promis à une mort lente. K1.
-Coulé, dis-je avec un léger malaise.
-La petite frégate qui transportait des hommes jusqu’au continent a été éventrée comme un bateau de papier par la bombe. Les hommes ont été envoyés aux quatre points cardinaux comme les étincelles naissent et meurent des feux de bengale. Deux ailerons peu rassurants flottent à la surface de l’eau, et un squale affamé vient planter ses rangées de dents acérées dans le ventre d’un homme peinant à surnager. Le requin secoue le malheureux comme un chien une balle de plastique. Du sang donne à l’eau une teinte cramoisie et l’homme ne parvient à pousser le moindre cri ; sa douleur s’étouffe dans des gargouillis de sang visqueux qui noie sa gorge. Attiré par le sang, le deuxième requin plante ses lames de rasoir dans les jambes de ce qui n’est maintenant plus qu’un steak sanguinolent flanqué de membres, et arrache la partie inférieure du corps difforme d’un puissant coup de mâchoire. Des viscères s’épandent à la surface de l’eau. Non loin de là, un homme semble prêt à rendre l’âme ; ses yeux révulsés traduisent une douleur insoutenable. Dans son flanc gauche, un bout de métal projeté par l’explosion le tiraille à chaque mouvement. Il n’a d’autre choix que de se laisser couler, ou bien de s’évanouir. Il aimerait bien opter pour la seconde option, pour ne pas sentir la morsure infernale de la bête qui fonce vers lui et le toise avec ses deux yeux noirs et froids, inexpressifs où l’on lit la terreur qui s’empare de lui. Tandis que le grand poisson file vers lui à grand coup de nageoire caudale, il pense à sa femme et à ses deux petites filles de quatre et six ans. Il aimerait les revoir une dernière fois, pour leur dire combien il les aime. Il voudrait remonter le temps pour révoquer cette décision stupide de partir sous les drapeaux pour des idéaux qu’il a toujours servis sans bien les comprendre. Puis il se laisse aller, et sa conscience s’enveloppe dans un voile noir et froid… »
C’en était trop. Pris de violents haut-le-cœur, je courus jusqu’à l’évier, renversant mon bol de café au passage, et vomis tout mon être. Pendant que je reprenais mes esprits, j’entendis mon oncle me parler depuis la salle à manger :
« Tu crois vraiment que ce pauvre bougre avait envie de finir dans l’estomac d’un grand blanc ?
Je fis non de la tête.
-Et ses filles ? Et sa femme ? Crois-tu qu’elles auront un quelconque prestige à raconter l’histoire de leur mari que l’on a découvert à moitié digéré par les sucs digestifs de l’animal ?
Je hochai de nouveau la tête.
-La guerre ne forme pas des héros, Jim. La guerre ne crée rien du tout. Elle détruit. »
J’allai dans ma chambre et regardai la MG-42 installée sur son trépied. Je tendis la main pour évaluer la forme de sa culasse, toucher le bout de son canon, puis je me ravisai. Je pensai aux nombreux hommes que des volontés exogènes ont poussés à rencontrer des balles tirées par une arme semblable. La seule vue cet engin me donnait la nausée. Je pris ma couette, et la couvris avec. Je respirai soudain un air plus sain, et je sentis le poids de la main d’oncle Todd sur mon épaule.
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roxnin
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MessageSujet: Re: Les hommes et la guerre   Dim 3 Fév - 15:13

Excellent, y'a rien à dire le ton colle parfaitement au récit et aux personnages, et le passage de la bataille navale est parfaitement bien dosé. Après bon c'est un sujet qui a déjà été abordé à de nombreuses reprises, mais tu t'en tire très bien sur ce coup.
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Nemo
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MessageSujet: Re: Les hommes et la guerre   Dim 3 Fév - 19:26

Eh ben celle là elle est bien. Very Happy
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Siegfried
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MessageSujet: Re: Les hommes et la guerre   Dim 3 Fév - 20:17

Le style est bon, bien dosé entre tes penchants pour le vocabulaire châtié et les nécessaires phases crues. Mais l'affrontement est un peu trop manichéen (le jeune con qui croit avoir tout compris et le vieux briscard lui donnant tranquillement une leçon) je trouve, et le changement de comportement trop rapide, mais c'est toujours le problème des nouvelles. Je pense, pour ma part, que le récit y aurait gagné en étant raconté par un narrateur extérieur, qui aurait peut-être autorisé le changement du personnage principal sans trop d'explications. La, comme tu es dans la tête du personnage, on aurait, en théorie du avoir accès un peu plus profondément à ses pensées. Mais c'est une question de sensibilité, je pense.

_________________

"-Ushiko-san! Pourquoi es-tu Ushiko-san ?
-Umao-san! Pourquoi es-tu Umao-san ?"


Dernière édition par le Dim 3 Fév - 21:03, édité 1 fois
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Nemo
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MessageSujet: Re: Les hommes et la guerre   Dim 3 Fév - 20:29

Je vais faire plaisir à Sieg car je suis d'accord avec lui.
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perfectman3
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MessageSujet: Re: Les hommes et la guerre   Dim 3 Fév - 21:59

Je suis aussi d'accord avec vous! Mais pour être franc oui le format de nouvelle est un peu bridant sur ce point, mais effectivement ça se fait un peu en brûlant les étapes. J'ai juste eu un petit coup de flemme en ayant peur de m'étaler dans les explications quant au changement de psychologie du personnage.
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MessageSujet: Re: Les hommes et la guerre   

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